Le masque de la masculinité : quel effet sur nous ?

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par - Alan Caugant, CEO SeperHumain

Permettre aux êtres humains de se comporter comme tels dans le contexte professionnel, c’est reconnaître qu’ils sont doués d’émotions et d’empathie,deux qualités de leadership essentielles.

Cette image colle aussi à des centaines de milliers de femmes travaillant dans des contextes professionnels non traditionnels, dominés par le genre masculin. Ironiquement, ce ne sont pas seulement les femmes qui sont prise au piège du masque dit de « masculinité », les hommes sont également limités par cette conception du management.

Mais est-ce vraiment une question de genre ? Ou s’agit-il plutôt de ce« masque de la masculinité »qui doit tous nous concerner mais que seuls les hommes doivent porter ?

Pourquoi de tels écarts d’appréciation sur un sujet pourtant issu d’une même idée, d’une mêmeperception? Les recherches en la matière, ainsi que mon expérience personnelle et lestémoignagesde femmes et d’hommes issus d’horizons divers, suggèrent qu’il s’agit davantage de vieilles croyances sur la théorie du genre.

Revenons loin en arrière, à l’époque où les sociétés en étaient à leurs balbutiements. À l’origine, le paradigme de la masculinité s’est imposé pour répartir les rôles entre les sexesafin de répondre aux impératifs de la lutte pour la survie. L’objectif était de contrôler tout le monde dans le groupe, aussi bien physiquement que verbalement et mentalement.

La notion éculée, et pourtant si ancrée dans nos esprits,selon laquelle les hommes doivent être « forts », qu’ils ne doivent pas montrer leurs émotions ni se comporter en « mauviette », a fait le lit de nombreux échecs et drames personnels.

Faisons à présent un bond vers le XXIe siècle, jusque dans notre société actuelle siéloignée de cette époque révolue où nous devions recourir à ce genre d’outils pour survivre : force est de constater que nous sommes toujours empêtrés dans cette même vision obsolète de la masculinité, particulièrement en ce qui concerne les postes à responsabilité.

Même dans notre ère post-révolution numérique où 48% de la population mondiale s’identifiecomme étant de sexe féminin et un nombre toujours croissant d’adultes entrent sur le marché du travail, aucun d’entre nous, homme ou femme, ne semble capable de déconstruire la notion du« masque de la masculinité » dans son esprit.

Alors, qu’est-ce que la Masculinité ? Par définition, il s’agit simplement de « la qualité d’homme et de mâle, la virilité, l’ensemble des caractéristiques et attributs associés au sexe masculin ».

Un « homme masculin » est souvent décrit comme quelqu’un de viril qui prend les choses en main, un fonceur qui n’a pas froid aux yeux. On dit en général des hommes masculins qu’ils sont « puissants, intimidants, sûrs d’eux, francs, stratégiques, persuasifs, ambitieux, efficaces, et capables d’obtenir des résultats par le biais du commandement et du contrôle ».

Ces traits masculins sont valorisés comme étant vecteurs de réussite dans le monde de l’entreprise, au point que tout homme ne s’y conformant pas s’expose au risque d’être considéré comme « faible, émotif, incapable de diriger une équipe », et donc ne pouvant être promu à un rôle de leader. Cela peut avoir des conséquences désastreuses sur la carrière professionnelle d’un homme, au même titre que les femmesjugées comme trop « agressives ».

Ce stéréotype est,encore aujourd’hui, très ancré dans l’inconscient collectif. Les hommesne sont pas censés faire preuve de faiblesse, d’attachement émotionnel,ni de compassion envers quiconque ou quoi que ce soit, dans le monde professionnelen particulier et a fortiori celui des dirigeants. Depuis leur tendre enfance, on dit aux garçons qu’ils doivent être forts, ils ne doivent pas pleurer,ils ne doivent jouer qu’à des jeux « masculins »comme les petites voitures ou la guerre. Les seules émotions réellement tolérées chez l’homme adulte sont la colère et l’agressivité, car elles contribuent à façonner l’image d’un homme fort qui ne se laisse pas intimider, en d’autres termes celle d’un dirigeant d’entreprise ambitieux et inflexible.

Àforce de conditionnement, à force d’entendre partout que les hommes doivent être « forts », qu’ils ne doivent pas montrer leurs émotions ni se comporter en « mauviette »,a conduit à de nombreux échecs et drames personnels. On entend encore parler de nos jours de clubs réservés aux hommes, de groupes de leadership exclusivement masculins et de codes d’honneur de la virilité qui blessent ou mettent en danger les femmes tout en les asservissant dans de nombreuses professions. Nous savons qu’à travers les âges et de par le monde, des masques ont été créés pour les humains afin de les répartir en différentes catégories, puisde les forcer à se conformer aux exigences inflexibles de ces mêmes catégories.

Au-delà des « faits »que l’on nous a inculqués sur les différences biologiques entre les hommes et les femmes, la sciencenous apprend également que les femmes et les hommes font partie d’une seule et même espèce faisant état de caractéristiques humaines identiques comme les yeux, les oreilles, les mains, les jambes et le cerveau. Notrecomposition psychosociale en tant qu’êtres humainscomporte la même palette d’émotions, de compassion, d’intelligence et d’empathie.

Malheureusement, un grand nombre de théories ont été formulées et répandues sur les soi-disant différences entre les sexes, au point que certainstraits de caractère sontvalorisés car associés aux hommes« masculins » ou « virils », et que d’autresattribués aux femmes,telles l’empathie et la compassion,sont considérés comme faibles, inconsistants, et inefficaces, voire incompatibles avec un homme « viril ».

L’image prégnante dans l’inconscient collectif selon laquelle les hommes sont par nature dépourvus de toute notion d’empathie et de compassion, qui sont pourtant descaractéristiques humaines fondamentales, est fausse. Bien évidemment, les hommes ont eux-aussi des émotions, de l’empathie, et veulent pouvoir donner une dimension humaine à leur travail.

Nous savons qu’à travers les âges et de par le monde, des masques ont été créés pour les humains afin de les répartir en différentes catégories, puisde les forcer à se conformer aux exigences inflexibles de ces mêmes catégories. Il est temps pour nous tous, dans le monde de l’entreprise comme dans le monde en général, de nous libérer du joug du masque de la masculinité car ce n’est qu’un leurre qui cause un réel préjudice aussi bien aux femmes qu’aux hommes. Un management du changement de paradigme doit opérer.

Le monde entier a besoin que ses leaders soient reconnus et valorisés en tant qu’êtres humains qui s’engagent aux côtés des membres de leurs équipes, à échelle humaine et de manière égale quel que soit leur sexe.