Le Management Super Humain: une alternative pour panser le Futur du Travail…

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par - Alan Caugant, CEO SeperHumain

De nos jours, le futur du travail est un thème à la mode. Des séminaires professionnels aux cabinets de conseil en transformation en passant par les événements et médias qui lui sont consacrés, impossible d’échapper au phénomène « future of work». Pourtant, le futur du travail est resté jusqu’ici une idée vague et voir assez décevante pour nos générations actuelles et futures. Alors comment travailler demain i.e. comment chaque geste, chaque action de travail doit et peut transformer l’impact réelle d’une organisation?

Une compétition anxiogène vers la victoire du Burn-out…

Pour l’instant, nous pouvons assiter que les mutations multiples au sein du monde professionnel ont surtout tendance à opposer les uns aux autres dans une compétition anxiogène. « Baby-boumeurs contre millennials », « salariés contre entrepreneurs », « fin du mois contre fin du monde », « hommes contre femmes », « robots contre humains »…

D’un point de vue macroéconomique, on constate également que la gestion de crises économiques et sociales récentes (subprimes, gillets jaunes, les retraites) ont placé l’immédiateté et la vitesse au cœur de nos existences. Combien de sommets de la dernière chance, de réunions ministérielles et d’institutions internationales soldées par des accords en pleine nuit, en toute dernière minute!

Pourtant, l’Organisation internationale du travail le disait déjà il y a déjà cent ans, dans le préambule de sa constitution, « une paix durable et universelle ne peut être fondée que sur la base de la justice sociale ».

Concernant les entreprises, celles dont on entend parler aujourd’hui le plus sont celles qui visent à réduire perpétuellement le temps d’attente et à satisfaire pleinement notre désir d’immédiateté. Amazon, Uber, Deliveroo… toujours plus vite! “Anything. Anywhere. Anytime”: voilà la promesse d’Amazon. Tout, partout, tout le temps. Ce n’est plus le gros qui mange le petit mais le rapide qui mange le lent.

Enfin, au sein même de l’entreprise, la vitesse exerce une influence importante. La réactivité importe autant que l’activité, un mail en chasse un autre, une urgence en chasse une autre. Les expressions communes dans le monde de l’entreprise comme «ASAP» (as soon as possible), «je reviens vers vous très vite» ou «c’est pour hier» lorsqu’on s’enquiert d’un délai, ne sont pas anodines. Elles traduisent bien forme de pression de l’immédiat.

Cette crise est liée à ce sentiment général de perte de repères de la société postmoderne. Qu’est-ce que la personne humaine dans un monde de l’entreprise caractérisé par la concurrence ? La société actuelle a créé un monde dans lequel le sujet accompli est un individu qui s’occupe d’abord de lui-même, travaille beaucoup et consomme beaucoup.

Mais au cours des dernières années, une gigantesque crise humaine s’est peu à peu installée au sein du lieu de travail.

De nos jours, un ensemble de faits au niveau européen peut nous alarmer concernant la santé au travail telle qu’elle est mesurée et étudiée depuis plusieurs décennies. Ainsi en 2018 :

  • 54% des travailleurs ne se sentent plus reconnus en France (Anact, 2018) ;
  • 10,5% des Allemands ont déjà connu une situation de burnout ;
  • 96% des Portugais se sont sentis dépersonnalisés au travail (Eurofound, 2018) ;
  • 35% des Belges sont stressés au travail (Ugent, 2018).

Aujourd’hui, ce sont les managers comme les entrepreneurs, qui s’essoufflent dans un monde de l’accélération voir une triple accélération : technologique, du changement social et des rythmes de vie qui érodent les repères et le désir que nous avons d’être ancré dans la société.

La perte de sens comme symptôme de l’épuisement au travail

Comme évoqué précédemment, on ne parle pas assez de la souffrance au travail des managers. Une souffrance silencieuse, parce que les managers ont pour mission de créer l’unité, de coordonner, de transmettre de l’énergie. Mais avant tout, comme la plupart des souffrances au travail, cette souffrance a pour cause la perte de sens.

Questionner le sens au travail c’est aussi parler de la motivation des salariés. Cela implique directement les compétences que le travailleur pense mobiliser, la finalité du travail, mais aussi le sentiment de réalisation de soi et d’identité.

Au début des années 2020, le travail n’est plus organisé comme il était au XIXe siècle. L’organisation n’est plus une unité de lieu, de temps et d’action : « je vais au bureau » ; c’est à dire un horaire plus ou moins établi, un lieu de travail unique, et une activité durablement (dé)finie.

L’organisation du travail ne peut plus être qualifiée de « bureaucratique » au sens wébérien ; le management et ses modèles de compétence, de gestion des talents, de monitoring… qui se sont développés dans les années 1980 à 2000 ne répondent plus forcément aux défis de notre époque.

Pourtant, on continue de faire référence dans notre management et notre enseignement, à la pyramide des besoins de Maslow, aux théories Xet Y de Mc Gregor, au schéma de Porter et de Lawler.

Mais rappelons-nous chaque époque génère les théories dont elle a besoin pour remédier aux difficultés qu’elle rencontre.

De plus, les attentes que nous avons par rapport à notre travail et à la place que celui-ci occupe dans notre existence ont, elles aussi évolué ces vingt dernières années.

Aujourd’hui, la souffrance au travail justifie une invention managériale afin de redonner du sens au travail là où il n’y en a plus et à réconcilier l’individu et l’organisation.

Le Manager Super Humain : une alternative sérieuse au bien-être en entreprise

N’oublions pas que le sens étymologique de « manager » c’est tenir en main ; on les oriente, les guide, on les encourage, on les coach, on les stimule. Sans cela, ils sont réduits à n’être que des objets parmi d’autres, sur lesquels s’abat actuellement la violence des forces économiques et financières actuelles.

Il est important de redonner à la gestion des ressources humaines son sens et sa raison d’être, et à ceux qui sont en charge de valoriser ces ressources, les managers donc, de renouveler la compréhension de leur mission et de leurs responsabilités.

Selon ma compréhension, le management est humain du fait que c’est le travail qui se joue l’essentiel de la création de la valeur économique.

Il est important de redonner de la dignité à laquelle aspire chaque personne qui a besoin de reconnaissance, d’engagements intelligibles, d’espace de créativité, de solidarité et coopération entre collègues mais aussi de justice organisationnelle.

Humaniser le travail est pour ma part, clé dans l’avenir de l’entreprise, retrouver ce qu’il a d’humain, dans le travail lui-même y compris dans le travail du manager.

Il s’agit donc de poser la bienveillance comme une posture civique contre un management déshumanisant.

Nous devons adhérer et contribuer à construire une morale, une éthique qui permette aux membres d’une communauté d’être reconnus comme tels et de vivre ensemble. Ces conventions sont collectives et affirment une sorte de jugement moral sur ce qui est bon et juste.

Il s’agit d’inverser un peu les rôles : n’attendez pas des autres qu’ils soient bienveillants, mais soyez certains que l’on attend de vous que vous le soyez. Le leader ou manager a vertu d’exemplarité, prônant la confiance et le respect mutuels.

La finalité du management bienveillant est la reconnaissance, elle est existentielle et lié à l’effort et à l’investissement dans le travail autant qu’à leur résultat. Mais la reconnaissance est intimement liée à l’humain.

En conclusion…

Le futur n’est pas figé. L’urgence est donc de ne pas se résigner, ni de subir, mais d’agir, d’expérimenter et se donner les moyens de construire le monde du travail que nous voulons pour les générations de demain.

Par ailleurs, je suis convaincu que l’intelligence avec ses employés, devient et deviendra un atout majeur pour assurer la croissance d’une organisation, alors que la compétition actuelle qui suppose la victoire, et la victoire suppose que la course se terminera bien un jour.

Il est donc important de créer dès aujourd’hui, les méthodes, les projets et les formations qui permettront à chacun de développer sa capacité à se saisir et à agir sur son environnement.